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piano, cello
āroha (« qui monte ») ouvre un nouveau cycle, qui culminera dans le troisième acte de mon projet d'opéra Mahābhārata. Il trouve son origine dans le Svargārohana Parva, l'ultime livre de l'épopée sanskrite Mahābhārata, et est plus précisément inspiré de la vision du protagoniste Yudhishthira.
L' « ascension » ne doit pas ici être comprise au sens narratif, mais plutôt comme un principe structurel : un processus de transformation des perceptions dans lequel la verticalité cosmologique, la composition des intervalles et la structure temporelle sont réunis en un unique espace paramétrique. Le matériau généré provient du mantra Gāyatrī, un chant libérateur, utilisé à la fois comme citation et comme matrice des proportions de la composition.
Dans l’introduction du mantra (« om bhuhu, om bhuvah, om suvah, om mahah, om janah, om tapah, om satyam »), on évoque les sept loka – les sept couches ou plans d'existence qui constituent, de bas en haut, l'univers –, ce qui marque dès l'ouverture une direction ascendante. Son rythme (le Gāyatrī chandas) « tat savitur varenyam bhargo devasya dhīmahi dhiyo yo nah pracodayat » est sacré, car utilisé pour invoquer Savitr, la divinité associée à la puissance créatrice et illuminatrice (il y a d'ailleurs une référence directe à ce mantra dans le Bhagavad-Gita).
L’ensemble du système timbrique/ harmonique est élaboré selon les principes d'une intonation « juste » (non tempérée), au sens où les rapports entre les fréquences des sons utilisés sont des fractions d'entiers naturels. Le travail
d' « accordage » des claviers fournit l'ossature harmonique principale de la pièce : le clavier n’est ainsi pas un instrument neutre, mais un champ de résonance structuré, où des pôles spécifiques émergent comme des nœuds de convergence harmonique.
Un aspect fondamental de la composition est que les paramètres qui gèrent les intervalles et la structure temporelle sont liés : les rapports fréquentiels des intervalles sont transposés en durées et en articulations métriques, et inversement, les structures rythmiques génèrent des configurations harmoniques/ timbrales. Fréquences et tempo sont déterminés par une même matrice, créant ainsi une continuité morphologique entre pulsation et espace, une transition périodique de la lumière « tat savytur varenyam... » (« regardons cette lumière... ») entre les trous blancs et l’extrême densité des trous noirs, entre le temps tourbillonnant et l'extrême ralentissement.
L’électronique fait partie intégrante du tissu musical : elle étend, remodule
et réintègre les gestes acoustiques, conférant une tridimensionnalité
au son et articulant la relation entre hauteur, rythme et espace. Violoncelle, clavier et électronique s’entremêlent dans un flux continu, où son et rythme s’enroulent en spirales, lesquelles semblent toujours revenir au même point, se renouvelant sans jamais se répéter pour autant.
Extrait du mantra Gāyatrī
*om bhuhu, om bhuvah, om suvah,
om mahah, om janah, om tapah, om
satyam
tat savitur varenyam bhargo devasya
dhīmahi dhiyo yo nah pracodayat*
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